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La Chute

(Un petit montage gratuit, facile et rapide pour marquer l’évènement)

Bref, voilà là un dernier hommage à un homme dans la tourmente…
d’avoir perdu… son immunité…

Bien plus drole: un Twitt Cédric Batailler:
Pendant ce temps là… à la frontière suisse:

https://twitter.com/#!/cedricbatailler/status/199093685911171074/photo/1/large

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Nous sommes tous des Alfies

Cher Lecteur,

Je souhaite te parler aujourd’hui d’un de mes lecteurs, (je bosse dans à la British Library) et l’ami d’un ami. Ils sont une petite bande de 3 étudiants en philo. L’un est un spécialiste d’Hegel, il présente parfois ses lectures, le second, mon ami, étudie surtout le marxisme sans trop savoir ou ça va le mener, et le dernier va plutôt encore chercher ses lectures du coté de Descartes, Rousseau et Hobbes. C’est le plus « humaniste » des trois, il se prénomme Alfie Meadows. J’aime les interpeller lorsque je les vois ensemble en les apostrophant de « The Anarchist club ». C’est supposé nous faire sourire, eux comme moi, seulement je me mets en peu en marge de leurs préoccupations. Je me prétends parfois « Anarchist Friendly » mais tout comme quiconque se qualifiant de « gay friendly », c’est avant tout le moyen de dire qu’on ne l’est pas. C’est en finale une manière de me distinguer d’eux et ne fais pas partie de leur club. C’est reconnaître que le mot même « Anarchiste » fait peur. Je survole avec un intérêt relatif leurs lectures et étale à mon tour ma confiture, j’acquiesce encore lorsqu’il s’agit de dénoncer une injustice sociale ici ou là, mais sans rien faire d’autre. Ma philosophie consiste en finale en « pas de manifs pendant les heures de travail, et puis les dimanches faut bien que je me repose ».

Lorsque j’ai connu Alfie, il avait les cheveux longs coupés au carré, des yeux doux un petit peu tombant, mais ce qui le caractérise encore, c’est une certaine timidité, une gentillesse, une difficulté à s’exprimer. Il n’est pas très large non plus, un peu frêle, un peu voûté, C’est quelqu’un avec qui j’ai même un peu de mal à parler tellement il me semble discret et introverti. J’éprouve néanmoins une véritable sympathie pour lui, et je suis très curieux de savoir ce qu’il deviendra plus tard. Alfie est un modeste, une de ces intelligences en maturation et le jour viendra peut-être, je le lui souhaite, ou il arrivera à vivre de sa pensée.

L’égalité des chances en fonction du niveaux social étant encore en Angleterre une idée encore bien peu répandue, le 9 Décembre 2010 des dizaines milliers d’étudiants ont pris part à une des manifestations contre l’augmentation des frais d’inscription aux universités passant en moyenne à £.9000 par ans (soit presque 11 000 € !) rendant plus difficile l’accès à l’éducation pour les plus défavorisés.
Des milliers d’entre eux ont dû faire face a des charges de la police montée, ils ont été ensuite encerclés, parqués dans le centre de Londres sans pouvoir en sortir durant plus d’une douzaine d’heure. Alfie était parmi eux, manifestant en outre contre la fermeture de la section philo de son université (Middlesex Uni).

Les affrontements entre la police et les étudiants furent particulièrement violents et 44 personnes (dont 6 officiers) ont dû être amenés à l’hôpital pour y être traités. Alfie fut le plus gravement touché d’entre tous. Il s’est retrouvé ce jour là face à des policiers qui l’on matraqué à la tête. Entre la vie et la mort, il a dû subir une intervention chirurgicale au cerveau durant 3 heures. Il s’en est sorti mais ces coups auraient pu lui être fatal, c’était une question de centimètres. Je ne l’ai vu réapparaître à la  BL peut-être que 2 mois après.

Ces manifestations ont néanmoins sérieusement secoué Londres et l’Angleterre. Ici, l’argent est le nerfs de la guerre et les bourses encore plus qu’ailleurs ne s’obtiennent que très difficilement. Les vidéos de bravades des manifestants agités comme celle de policiers matraquant à travers la foule sont nombreuses. Alfie quant à lui n’a pas été filmé lorsqu’il s’est fait ouvrir le crane et c’est à l’appui de ce manque de pièce à conviction que c’est non pas la police qui est aujourd’hui mise en cause, mais Alfie qui se retrouve à la cour de justice afin de devoir se justifier d’avoir été aux mauvais endroit aux mauvais moment. L’ouverture de son procès s’est déroulée lundi dernier (26 mars 2012) et la suite se déroulera la semaine prochaine. Alfie risque jusqu’à 5 ans de prison.

Le traitement médiatique en Angleterre des événements ou de faits de sociétés tels que la pauvreté, la défense des droits civiques, est traitée, quoiqu’on pense d’eux, avec bien plus de distance que ne le font nos propres médias lorsqu’il ya malaise. Il y a en Angleterre toujours aujourd’hui un conservatisme et une défense de la bien-pensance forte et dont en finale nous n’avons pas vraiment idée en France. Ici, les citoyens ne naissent pas égaux en droit, c’est le principe même d’une société défendant encore ses castes aristocratiques. Et si le cas d’Alfie soulève aujourd’hui le soutien de plusieurs groupes et organisations universitaires, l’intérêt médiatique n’est en réalité que bien limité.

Après cette lutte pour l’accès aux études et contre les restrictions de budgets des universités, c’est à travers le procès d’Alfie le droit même de manifester qui est aujourd’hui en cause. Les policiers qui ont failli le tuer n’ont à ce jour rien à craindre. Les groupes de défense soutiennent l’idée que ce qui est arrivé à Alfie Meadows peut arriver à chacun d’entre nous.

We are all Alfie Meadows

Je ne suis toujours pas un activiste, ni un vrai anar’, ni même un anti-flic, mais je pense aujourd’hui à Shakespeare qui disait qu’il y a « quelque chose de pourri au royaume du Danemark »… Je répondrais à ce bon vieux William, s’il était là, que la pourriture ne connaît pas les frontières. La semaine prochaine, j’irai rejoindre les défenseurs du droit de manifester contre le Pourri et pour Alfie, l’ami de mon ami.

Sources:

Liens :
Site Web : Defend the right to protest – avec mise à jour quotidienne sur le procès d’Alfie et ses co-accusés
http://www.defendtherighttoprotest.org/

Article du Daily Mail, Décambre 2010
http://www.dailymail.co.uk/news/article-1337468/Tuition-fees-protest-Alfie-Meadows-emergency-brain-surgery-beaten-police.html

Frankenstein à St Pancras

Frankenstein à St Pancras

It was the best of times, it was the worst of times, it was the age of wisdom, it was the age of foolishness, it was the epoch of belief, it was the epoch of incredulity, it was the season of Light, it was the season of Darkness, it was the spring of hope, it was the winter of despair, we had everything before us, we had nothing before us, we were all going direct to Heaven, we were all going direct the other way.
Charles Dickens (A tale of two cities)

I. Une si vieille église, un si joli cimetière.

Cher Lecteur… Le savais-tu ?
St Pancras n’est pas qu’une gare pour l’Eurostar…
La St Pancras Old Church, située à environ 400 m. derrière St Pancras international Station et la British Library se trouve être -semble t-il- un des lieux les plus anciens de culte chrétien en Grande Bretagne. Enfin, malgré quelques briques et tuiles d’époque romaine (IVe s.) et de la maçonnerie normande, nul n’en sait vraiment rien. Le site pourtant était déjà occupé dès le premier siècle par un camp roman – The Brill – incluant dans son périmètre l’enclos actuelle de l’Eglise, descendant le long des voix ferrées et dans le prolongement du mur Ouest de la Gare de St Pancras Intérnational et recouvrant jusqu’à Euston la moitié sud du quartier de Somers Town.

Le churchyard est aujourd’hui un petit parc coincé entre St Pancras Road et les voies ferrées. C’est un étrange oasis de verdure, qui présente de jour un aspect accueillant et tranquille et seules quelques dizaines de pierres tombales, rarement droites, sont dispersées dans un charmant désordre. Le jardin est lui-même inégalement entretenu et pelouses et buissons évoluant sous des arbres centenaires peuvent être coupés courts le long de certaines allées comme laissés à l’état sauvage à peine quelques mètres plus loin.

"A Mad day Out": Les Beatles posant en 1968 dans le parc de l'ancienne église de St Pancras

La nuit parfois, un épais et humide brouillard tapisse l’herbe et étouffe les éclairages voisins. Les pierres tombales prennent des allures mystérieuses et jouent à cache-cache derrière les ombres et la végétation. Ce lieu tout entier dégage alors un charme unique et invite encore les derniers passants à venir soupirer leurs rêveries avant de fermer ses portes et s’endormir.

Pourtant, l’atmosphère calme et reposante que ce cimetière offre à ses visiteurs dissimule en réalité une histoire chargée et douloureuse. Je suis venu dans ce cimetière, en explorateur candide, pour y chercher une histoire de fantômes ou un stéréotype anglais sur lequel pouvoir disserter, un petit conte qui me pousserait à sourire de l’irrationnel. J’y ai trouvé au contraire de véritables fragments de l’Histoire, ainsi qu’une Histoire de la littérature, des histoires lugubres, histoires d’amour, et des drames. Ces récits d’un autre temps me traversent encore à chaque fois que je touche ces pierres et glisse encore mes phalanges dans les creux des lettres qui y sont gravées. Je suis un explorateur aveugle lisant le braille de l’épopée d’une ville dont rien n’arrête la course effrénée vers le modernisme et l’oubli.

St Pancras Old Church in 1815. La rivière Fleet est aujourd'hui souterraine.

II. St Pancras et les résurectionistes.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les cimetières londoniens souffraient de deux fléaux particulièrement évoqués à travers les faits divers de la presse et la littérature : la pénurie de place et les tristement célèbres body-snatchers ou ironiquement « Resurrectionists » . Les Résurrectionistes ne ressuscitent bien évidement personne mais déterre sans ménagement les derniers défunts afin de les revendre aux instituts de médecine environnants. Avant qu’une régulation autorisant les dons volontaires de corps à la science ne soit mise en place en 1832, seuls les corps des condamnés à mort, en moyenne 55 par ans, étaient « disponibles » alors que les « besoins » pouvaient alors s’élever jusqu’à à 500!

Londres devenait le théâtre d’un véritable business juteux de cadavres. Des témoignages écrits comme « Diary of a resurectionist 1811-1812″ ou bien en littérature, dans « A tale of Two Cities » (publié en 1859 mais dont le récit se déroule fin XVIII e s.) Charles Dickens voyait pourtant dans le cimetière de la St Pancras Old Church un véritable vivier pour Jerry Cruncher, le body-snatcher qui venait pécher des corps encore chauds. Même s’ils étaient pris la main dans le sac (ou plutôt « pris le bras dans le cercueil« ), les body-snatchers ne risquaient pas de grosses peines: les corps des défunts n’appartenant légalement à personne, ces vols n’étaient donc pas considérés tels quels.

La fin du XVIIIe et le début du XIXe siècles fut une ère de bouleversements techniques et scientifiques sans précédent dans l’histoire. La découverte en 1790 par Giovani Galvani que les muscles du corps se contractent sous l’effet du courant électrique, le galvanisme, provoque indignations, fantasmes, questionnements scientifiques et philosophiques. 

A galvanised corpse.

(Pour plus d’infos sur le sujet, je t’invite cher lecteur à te remporter à l’Addendum n°1 :
« Les apprentis sorciers » dans les commentaires ci-dessous – Âmes sensibles s’abstenir !)

III. Pénurie de place.

Le flâneur londonien pourra encore observer aujourd’hui comme le niveau du cimetière de St Pancras Old Church à l’instar de bien d’autres à Londres à proximité des églises se trouve considérablement élevé par rapport au niveau de la chaussée. La raison des ces élévations topographiques, parfois naturelles, ne s’explique dans d’autres cas pas autrement que par l’accumulation de sépultures durant des siècles.

Londres ne savait encore que faire de ses morts et les pires business – parfois profitables aux propriétaires d’églises – étaient alors pratiqués afin de se débarrasser de ses cadavres. Des milliers, parfois dizaines de milliers de cercueils furent entassés, selon les cas, dans des fosses anonymes.

St. Martin’s Church, measuring 295 feet by 379, in the course of ten years received 14,000 bodies. St. Mary’s, in the region of the Strand, and covering only half an acre, has by fair computation during fifty years received 20,000 bodies. Was ever anything heard of more frightful? But hear this: two men built, as a mere speculation, a Methodist Church in New Kent Road, and in a mammoth vault beneath the floor of that church, 40 yards long, 25 wide, and 20 high, 2000 bodies were found, not buried, but piled up in coffins of wood one upon the other. This in all conscience is horrible enough, but seems quite tolerable in comparison with another case.

A church, called Enon Chapel, was built some twenty years ago, by a minister, as a speculation, in Clement’s Lane in the Strand, close on to that busiest thoroughfare in the world. He opened the upper part for the worship of God, and devoted the lower – separated from the upper merely by a board floor – to the burial of the dead. In this place, 60 feet by 29 and 6 deep, 12,000 bodies have been interred! It was dangerous to sit in the church ; faintings occurred every day in it, and sickness, and for some distance about it, life was not safe. And yet people not really knowing the state of things, never thought of laying anything to the vault under the chapel.
« London Day and Night by David »
W. Bartlett – 1852
L’église Saint-Martin, mesurant 90 m. par 115,5 a accueilli au cours de dix années 14 000 corps. Sainte-Marie-le-Strand, d’une surface d’un demi-acre, a reçu pendant une cinquantaine d’année  20 000 corps. N’a-t-on jamais rien entendu de plus effrayant? Mais écoutez ceci: deux hommes ont construit, comme une simple spéculation,une église méthodiste à New Kent Road, et dont le  gigantesque caveau sous le plancher de 36 mètres de long, 22 de large, et 18 de haut, 2000 corps ont été retrouvés, non pas enterrés, mais entassés dans des cercueils de bois les uns sur les autres. Mais cette horreur semble encore tout à fait tolérable en comparaison avec une autre affaire.

La chapelle d’Enon fut construite il y a vingt ans par un pasteur, juste à des fins de spéculation, dans l’allée Clément tout juste à coté du Strand, une des artères les plus fréquentées au monde. Il ouvrit la partie supérieure pour le culte de Dieu, l’a consacrée et la Sépara par un simple plancher du cellier qu’il utilisa alors pour l’ensevelissement des morts. Dans ce lieu de 18 mètres par 9 et 6 de profondeur, 12 000 corps ont été inhumés! Il devenait trop dangereux de s’asseoir dans l’église; des évanouissements se produisaient chaque jour, et la maladie se répandait. Pourtant personne n’aurait jamais pensé qu’un tel caveau sous la chapelle puisse exister.

George Godwin, architecte (rien à voir avec William Godwin cité plus bas), écrivait de St Pancras en 1854 (London Shadows).

St. Pancras’ ground is truly a distressing sight. The stones – an assembly of reproachful spirits – are falling all ways; the outbuildings put up on its confines are rent, and the paved pathways are everywhere disrupted, such is the loose and quaking state of the whole mass. The practice of pit-burial is still continued in this ground. When we were there last, we found a hole with six coffins in it, waiting its complement of about double that number. Le sol de St Pancras est d’un spectacle affligeant. Les pierres – une assemblée d’esprits rancuniers – s’écroulent de toute part. Les concessions sont toutes louées jusqu’à leur derniers retranchement et les allées pavées sont détruites tant est tremblante et instables l’état de cet amoncellement. Les inhumations en fosse publique sont encore pratiquées. La dernières fois que nous sommes venus, nous avons trouvé un trou avec 6 cercueils à l’intérieur attendant encore de doubler ce chiffre.

IV. Confiture humaine, 1865-1867

La nouvelle, rutilante et très grecques nouvelle église de St Pancras consacrée en 1822 relégua au second plan l’ancienne jusqu’en 1848 lorsque de nouvelles restaurations lui donneront son apparence actuelle avec notamment sa tour déplacée au sud.

Chantier de la Gare de St Pancras vu depuis le site du St Pancras old churchyard

En 1862 et 1863, la Midland Railway Company fit l’acquisition des terrains de St Giles-in-the-Fields et de The Old St Pancras Church afin d’y faire passer sa nouvelle ligne de Train. Les négociations entre la toute puissante compagnie de train et le diocèse furent difficiles quand à la surface acquise, partage des responsabilités, dédommagements, déplacements des sépultures, remise en état et autres frais de maintenance.

La découverte, l’excavation, le déplacement de sépultures fût une besogne terrible et ingrate pour le jeune Thomas Hardy, architecte. Une fosse de 12 mètres de profondeur – entre autre – fut excavée, et l’on y retrouva plus de 7400 cercueils alignés et superposés les uns sur les autres. Thomas Hardy devenu plus tard un poète célèbre écrira :

O passenger, pray list and catch
Our sighs and piteous groans,
Half stifled in this jumbled patch
Of wrenched memorial stones!
We late lamented, resting here
Are mixed to human jam
And each to each exclaims in fear
I know not which I am!
(The levelled Churchyard)
Thomas Hardy
Oh Passagers, priez et attrapez
Nos soupirs et gémissements pitoyables
A moitié étouffés dans ce bout de terrain retourné
De pierre tombales arrachées!
Nous pleurions à ceux qui reposent ici
mélangés tels une confiture humaine
et chacun s’exclamant dans la peur
Je ne sais pas lequel je suis !
(Le cimetière nivelé)
Thomas Hardy

L'arbre -dit- de Hardy, rassemblant quelques-unes des pierre tombales déplacées, présente aujourd'hui un bien étrange mémorial à ces excavations.

V. Les Oubliés de l’Histoire.
Un cimetière de français en plein Londres?

L’histoire des cimetières londoniens est encore pavée des inégalités entre  riches qui ont les moyens de s’offrir une place et pauvres éternellement anonymes et entassés, les pierres néanmoins inscrivent l’épigraphie des vagues d’immigration qui viennent, s’y enterre, et parfois s’y oublie.

Si accueillir des touristes français à Waterloo, cette gare baptisée en l’honneur de la défaite la plus célèbre de Napoléon, pouvait encore il y a quelques années poser quelques tensions à cette « entente -si- cordiale » que nous entretenons avec nos amis anglais, ce qui semble certain aujourd’hui c’est que l’emplacement à St Pancras relève encore d’une toute autre histoire des relations franco-anglaise. En effet, le quartier de St Pancras/Somers Town fut construit à la fin du XVIIIe s. sous l’impulsion d’un certain Jacob Leroux, émigré français, devenu le « Landlord » de ces friches. Quelques années plus tard, au début du XIXe, Somers Town accueillait déjà une importante communauté française ayant fui la Révolution. Phil Emery, consultant en archéologie pour Gifford (compagnie en ingénierie), nous apporte encore un peu plus d’explication dans le n° 88 Mai-Juin 2006 de la Revue « Archéology »:

Longtemps associé à la communauté catholique romaine de Londres, St Pancras est devenue le lieu naturel de repos pour les  réfugiés de la révolution française. Ainsi en est-il des familles aristocrates et leurs domestiques fuyant l’escalade de la terreur (Septembre 1793-Juillet 1794), des migrants économiques tels que les artisans produisant des articles de luxe et dont le commerce à Paris s’était effondré. En outre, quelques 5000 prêtres refusant de signer le serment d’allégeance à la constitution civile du clergé, et craignant la déportation vers la Guyane française,ont également demandé l’asile. Beaucoup d’entre eux se sont installés dans Somers Town et Bloomsbury, et plusieurs centaines sont connus pour avoir été enterrés à St Pancras .

De 2002 à 2003, afin de laisser passer la nouvelle ligne d’Eurostar, archéologues et agents spécialisés ont dû exhumer pour une seconde fois de son histoire une parcelle importante du cimetière. Cette fois-ci, plus de 1300 sépultures furent recensées, répertoriées parmi lesquelles les restes de plus de 715 défunts ont bénéficié d’une analyse ostéologique complète. Ces fouilles archéologiques ont évidement révélé la présence de nombreuses tombes avec des inscriptions en français, dont, pour les plus notables: 3 aristocrates et 2 prélats.

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Photos 1& 2: Fouilles archéologiques 2002-04 en vue de la construction de la nouvelle ligne Eurostar.

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Photo 3: Un dentier « Made in France » en porcelaine de Sèvres ayant appartenu à Arthur Richard Dillon (1721–1806), Archevêque de Narbonne). Les restes de l’homme d’Eglise furent renvoyés en France, mais pas ce petit bijou de technologie bucco-dentaire qui repose désormais au « Museum of London ».

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On peut encore trouver dans les registres d’autres expatriés français d’avant et après la Révolution dont le très célèbre et mystérieux Chevalier d’Éon (diplomate et espion – travesti – pour le conte de Louis XV – 1728-1810) ainsi que Simon Francois Ravenet (artiste graveur – 1706-1774). Les noms de quelques uns de ces aristocrates et artistes français sont mentionnés et gravés dans le granite du mémorial du cimetierre: The Burdett-Coots memorial sundial.

VI. Une poignée de Very Important People

Là sont encore enterrés – quelque part – ou demeurent encore les pierres tombales de:

Sir John Soane (1753-1837) architecte, dont l’influence sur le classicisme britannique fut majeure. Sir John Soane a dessiné la tombe qu’il partage avec sa femme. Le monument inspirera plus tard Giles Gilbert Scott’s l’architecte des célèbres cabines téléphoniques rouges.

Sir John Soane's monument as seen by Giles Gilbert Scott

Johan Christian Bach (1735-1782), compositeur allemand, fils de Jean-Sebastian Bach
William Franklin (1731-1813), fils de Benjamin Franklin, dernier gouverneur colonial du New Jersey.
John Flaxman (1755-1826), Sculpteur-Dessinateur néo-classique.
Karl Friedrich Abel (1723-1787) – Musicien,considéré comme le dernier grand virtuose à la Viole de Gambe (un de mes instruments préféré après la guitare électrique « évidement »)

Enfin et surtout furent enterrés à cet endroit le fascinant et peut-être le très populaire Clan Godwin parents de Mary Shelley : auteur de Frankenstein…

VII. Le clan Godwin-Wollstonecraft… Imlay…. Clairmont…. Shelley.

Tout bon(ne) étudiant(e)s en philosophie, histoire politique, ou histoire du féminisme aura entendu parler aujourd’hui de William Godwin et de Mary Wollstonecraft. (Non ?)

William Godwin (1756-1836)

Mary Wollstonecraft (1759-1797)

William Godwin, fils d’un pasteur dissident, devenu lui même pasteur et non-conformiste, puis pasteur déçu, écrivain, philosophe, journaliste, considéré comme un des ancêtres de la mouvance anarchiste. Ses deux ouvrages les plus célèbre « Enquête sur la justice politique et son influence sur la vertu et le bonheur en général » (1793) et encore le roman « Les Choses telles qu’elles sont, ou Les Aventures de Caleb Williams » (1794) laisseront une empreinte majeure dans l’histoire de la pensée politique.

Mary Wollstonecraft, importatrice des idéologies des lumières et de la Révolution Françaises en Angleterre et auteur des « Lettres écrites en Suède, en Norvège et au Danemark » (1796) et de « Défense des droits de la femme » (1792), encore enseigné dans les universités anglaises, est souvent considérée – du moins en Angleterre – comme la fondatrice du féminisme. Mary Wollstonecraft, était une femme unique en son genre, belle, farouche, indépendante. Loin du rôle que le mode de vie et l’étiquette de la société britannique voulait lui assigner, sa vie, avant même de connaître William Godwin était déjà celle d’une femme qui avait déjà voyagé à travers toute l’Europe. Elle avait encore déjà connu un amour passionné avec Gilbert Imlay, un américain rencontré en France durant la Révolution et dont elle eut un enfant illégitime.

L’histoire tournant mal, et après plusieurs tentatives de suicide, Mary entra de nouveau dans les cercles politiques et littéraires et s’y laissa séduire par William Godwin. Bien que ce dernier était connu pour sa plaidoirie en faveur de l’abolition du mariage, ils se marièrent le 29 mai 1797 à la Old St Pancras church, et s’installèrent à « Polygon Road » dans le petit Quartier de Somers Town adjacent. Leur mariage fût heureux mais tragiquement court : une dizaine de jours après la mise au monde de la petite Mary  le 30 août 1797 l’auteur de  » A Vindication of the rights of women » mourut des suites d’une septicémie. Mary Wollstonecraft Godwin (Mère) fût inhumée au cimetière de St Pancras.

The Polygon, Somers Town, in 1850. Illustration from Old and New London by Edward Walford

William se remaria alors avec Mary-Jane Clairmont en 1801 et le clan présentera dès lors un bien étrange modèle de famille recomposée incluant William Godwin, Mary-Jane Clairmont, Fanny Imlay (première fille de Mary Wollstonecraft), Mary Wollstonecraft Godwin (future Mary Shelley), Claire et Charles Clairmont (Enfants de Mary-Jane Clairmont, incertitudes sur le(s) père(s) ).
Ces relations familiales complexes avec, entre autre, une mère « biologique » absente et un père pour lequel son amour qu’elle qualifia de « romantique et excessif » détourné par une belle-mère méprisante furent déterminantes dans la construction identitaire de Mary. La rencontre de 1814 avec le poète Percy Bysshe Shelley, venu initialement à la rencontre des Goldwin pour son admiration de William allait alors être décisive.

– Le 5 mai : 1814 Percy et Mary se rencontrent – le 26 juin : se déclarent leur amour sur la tombe de la Mère de Mary à St Pancras  – 6 Juillet : Percy, bien que déjà marié, père d’un enfant et bientôt d’un second, demande la main de Mary à William Godwin, ce dernier refuse – 28 juillet : Percy et Mary, accompagnés de Claire Clairmont demi-sœur cadette s’évadent pour la France.

Lover's Seat - Frith William Powell - Private Collection

 Percy Bysshe Shelley & Mary Godwin « romping » at the Old St Pancras Churchyard 

Les amours libres et tumultueuses entre Mary, Percy, Claire, Lord Byron (Poète, aventurier, Dandy), Thomas J. Hogg (ami de Percy)  laissèrent néanmoins cruellement des proches tels que Fanny Imlay, demie-sœur de Mary, et Harriet Westbrook, première femme de Percy Shelley, en proie au suicide.

VIII. The Old St Pancras churchyard: Le Paradis Perdu de Mary

La petite Mary Wolffstonecraft Godwin (fille) ne manqua non plus pas de développer un amour, de la culpabilité, ainsi qu’une fascination extrême pour cette mère qu’elle n’a jamais connue. Cet esprit qui la hante, l’habite et vit en elle en la poussant sans cesse à s’émanciper d’un carcan familial, toujours de plus en plus exiguë pour ses aspirations. La tombe de sa mère à quelques pas du domicile familial n’est pas moins que le seul lieu, le seul échappatoire où Mary pourra rêver à une autre vie qui, à l’instar de sa mère biologique, se voudra libre, remplie de voyages et comblée de passions même douloureuses.

The grave monument for William Godwin and Mary Wollstonecraft at St. Pancras Old Churchyard - (c) Sven Klinge)

Pour Mary qui a évoqué Milton comme une des principales inspirations de Frankenstein, et en tant que lieu où ses parents se sont mariés, et où sa mère repose, l’église et le cimetière de St Pancras sont de fait le Paradis perdu de Mary, celui d’une vie qu’elle n’a jamais eu, avec une pierre tombale en guise d’arbre de la connaissance. Le cimetière de St Pancras, ce lieu où les morts s’amoncellent, cet endroit où les Résurectionistes se livrent parfois à leur sinistre office, à quelques pas duquel Mary passa les 16 premières années de sa vie, ce lieu qu’elle aime tant est à la fois un lieu de quiétude, de plaisirs et de tourments, de malédiction et de rédemption et d’où il fallu fuir après y avoir fait l’amour – dit-on : pour la première fois.

Pourtant, Mary ne peut l’ignorer, son paradis est voué lui-même à disparaître et laisser place à un Londres toujours plus ogre et babylonien, asphyxiant davantage année après année les lieux de son enfance et autours desquels l’appel prométhéen d’une révolution industrielle en marche ne peut ralentir l’arrivage incessant de la paupérisation. Si la paroisse de St Pancras et le quartier adjoint de Somers Town étaient encore jusqu’à à la fin de XVIIIe siècle jonchés de belles résidences, ce paradis tourna en l’espace de quelques décennies en un enfer de « Slum houses« . Les promesses d’un avenir meilleur où sciences et techniques seront dit-on encore : au service de l’homme, dévoile déjà à Mary leurs cotés obscurs.

St Pancras Old Church and "the Adam and Eve Tavern", London, 1830. Artist: EH Dixon

Paradis Perdu,
Mary Shelley se projetant dans sa Créature:


Parfois, je laissais mes pensées sortir des sentiers de la raison et errer parmi les jardins du paradis, et j’imaginais que de charmantes et aimables créatures sympathisaient avec moi et m’arrachaient de mes ténèbres, tandis que des sourires de consolation irradiaient leur visage angélique.

[…]

Il reste que « Le Paradis perdu »  me marqua d’une tout autre manière. Je le lus comme j’avais lu les autres livres qui m’étaient tombés entre les mains – comme s’il s’agissait d’une histoire vraie. Il m’inspira tout l’étonnement et toute la stupeur que peut inspirer un dieu omnipotent parti en guerre contre ses créatures. Et il m’arrivait souvent de comparer, certaines des situations décrites avec celles que je vivais. Comme Adam, je n’étais à première vue lié à personne dans l’existence. Mais, sur bien d’autres points, son cas était différent du mien. C’était une créature parfaite, heureuse et prospère, […] alors que moi j’étais misérable, démuni et seul.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

En juin 1824, à la date anniversaire de leur déclaration d’amour avec Percy Bysshe, Mary Shelley, désormais connue, veuve depuis 2 ans, retourna au cimetière de St Pancras et écrira dans son journal:

Eng.: That churchyard with its sacred tomb was the spot where first love shone in your eyes – My own love – we shall meet again – the stars of heaven are now your country & your spirit drinks beauty and wisdom in those sphere – I, beloved, shall one day join you – Nature speaks to me of you – in towns & society I do not feel your presence – but there you are with me, my own, my unalienable. I feel my powers again – & this is of itself happiness – the eclipse of winter is passing from my mind – I shall again feel the enthusiastic glow of composition – again as I pour forth my soul upon paper.

Fr.: Ce cimetière et son tombeau sacrée est le lieu où le premier Amour brilla dans vos yeux – Mon amour – nous nous reverrons – les étoiles du ciel sont à présent votre pays et votre esprit s’abreuve de beauté et de sagesse dans ces sphères. Mon amour, je vous rejoindrai bientôt – la nature me parle de vous – (alors que) dans les villes et en société je ne ressens rien de votre présence – mais vous êtes ici à moi – mon inaliénable – Je retrouve ma force – et c’est bonheur en soi – l’éclipse de l’hiver s’efface de mon esprit – Je ressens encore l’enthousiaste lueur de la composition – une fois de plus, déverse mon âme sur le papier.


IX. Mary « 
Frankenstein » Shelley.

« Frankenstein ou le Prométhée moderne » est tout sauf une simple fiction gothique et Mary Shelley y rassemble ses propres tourments et les joint aux questions scientifiques et tensions propres à sa vie et l’ère de son temps.

C’est dans l’introduction de son roman que Mary crée une véritable mythologie de sa préhistoire en racontant comment l’idée de ce monstre lui est venue. Tout aurait commencé en été 1816 lors d’une soirée dans la résidence Diodati en Suisse chez Lord Byron. Ce dernier avait invité Mary et Percy, Claire Clairmont ainsi que son médecin John Polidori à venir passer l’été. C’était un été orageux, « a year without summer » , l’éruption du Mont Tombora aux Philippines l’année précédente avait crée des dysfonctionnements météorologiques jusqu’en Europe et les convives trompaient leur ennui par quelques libertinage licencieux qui attirait tout un voisinage inquisiteur à leur fenêtres. Mais lorsqu’ils ne cédaient pas à leurs pulsions et aux folâtreries, ils partageaient des conversations sur les dernières études en Galvanisme, ainsi qu’en se racontant des histoires de fantômes du folklore allemand. C’est lors d’une de ces longues nuits blanches qu’ils se décidèrent d’écrire à leur tour leurs propres histoires à se faire peur. Mary, soucieuse de vouloir impressionner Shelley et Byron fût d’abord incapable d’écrire quoique ce soit, mais quelques jour plus tard. Le monstre lui apparut en rêve.

From the midst of this darkness a sudden light broke in upon me
(Journals of Marry Shelley)

La vie entière de Mary Shelley fut jalonnée de souffrances subies mais aussi fantasmées. L’impuissance humaine face à la mort mène à son acceptation, et parfois, à l’instar de Mary et Percy Shelley, elle conduit à développer une irrésistible fascination pour l’inévitable fin. La recherche du sens a conduit les Shelleys a trouver de la beauté dans le tragique et l’absurde. La mort de Mary Wollstonecraft en premier lieu, les body-snatchers, les décès prématurés de 4 de ses 5 enfants, le suicide de Fanny Imlay, ses propres tentatives de suicide ainsi que celles de Percy, tout conduisit Mary Shelley à faire de ses souffrances un art en dépeignant « Frankenstein, ou le Prométhée moderne« .

La “créature” présente ainsi un véritable portrait robot de l’inconscient de son auteur.  A l’instar de Mary, c’est un être qui n’a pas de mère. Elle recherche et demande à son créateur, Victor Frankenstein, une compagne féminine alors que Mary cherche à définir sa propre féminité. C’est encore un “être” qui tue tout comme Mary Shelley s’accusant de tuer mère, demie-sœur, et enfants. Ainsi la liste des points communs entre Mary et sa créature ainsi que les jeux de miroirs entre elle-même, Percy et les personnages du roman sont nombreux.

Si la créature n’est pas née dans ce vieux cimetière de St Pancras, quelques uns de ses morceaux y ont néanmoins inconsciemment été déterrés. Et voici là le dernier fantasme de Mary Shelley tentant de ressusciter ses personnages comme ses proches par l’écriture. Mary passa encore le reste de sa vie à vouloir faire éditer les poèmes de son Percy qui, sans elle, n’aurait certainement pas connu la même postérité.

Mary Shelley (à l'age de 19 ans)

X. Ironies de l’Histoire autours du Cimetière

1/ Polydori, présent lors de cette soirée d’histoires de fantômes évoqué par Mary Shelley, écrira quant à lui un autre best-sellers de son Temps : The Vampyre. En inventant le modèle du Vampire-Gentlemen inspiré de Byron lui-même, il créera ce qui deviendra ensuite un genre littéraire en soi. Byron cependant lui disputera la paternité de l’ouvrage et leur amitié cessera. John Polydori fût lui aussi enterré au cimetière de St Pancras mais sa dépouille et son monument funéraire ont disparus lors des grandes excavations des années 1860. Ainsi the Old St Pancras churchyard qui est non seulement un lieu de passage pour les philosophes anarchistes et les féministes aurait encore pu devenir un lieu de culte pour les fans du Dracula de Bram Stocker, et tout autre mordus d’Anne Rice et ses entretiens de vampires, Buffy, Twilight, Vampire diaries ou bien True Blood. Tous attendraient alors avec ferveur, stupeur et tremblement, le réveil de celui par qui tout a commencé.

John Polidori – Lord Byron

2/ Après son tragique accident en mer dans le Golfe de Sapezzia en 1822, Percy Bysshe Shelley fut incinéré et enterré dans le cimetière protestant de Rome excepté son cœur qui ne brûla pas. L’organe récupéré par Edward John Trelawny et James Leigh Hunt (encore des poètes !) fut transmit à Mary.

Les funérailles de Shelley - Edward John Trelawny, James Leigh Hunt, et Byron

En 1851, dans ses dernières volontés Mary exprima le souhait (bien que les versions diffèrent) d’être enterrée non pas à St Pancras mais à Bournemouth et que les restes de ses parents soit transférés auprès d’elle. Mary n’a jamais vécu à Bournemouth mais y serait néanmoins passée lorsque son fils, Percy Florence, y fit l’acquisition de terres afin d’y faire construire une résidence.
C’est seulement après le décès de Mary que le cœur du poète fut retrouvé dans ses effets personnels et  mis en terre encore 30 années plus tard auprès d’elle en 1881 lorsque Percy Florence les rejoignit. Percy Bysshe Shelley n’a jamais conu Bournemouth et c’est pourtant là que son cœur repose. Les restes de Mary-Jane Clairmont, seconde femme de William Godwin, avec qui ce dernier vécut plus de 30 ans restèrent à St Pancras.

3/ Quant à ce qui concerne Somers Town, le « terrain de jeu » de Mary Shelley, il s’y construit aujourd’hui un institut de recherche médical, très prometteur et pas moins controversé, dangereux et prométhéen, spécialisé dans la recherche sur les cellules souches, cancer et…  transplant d’organes ! Cela inspirera t-il de futurs grands écrivains ?

Gallerie Photos: Illustrations de cet article ainsi que d’autres en diaporama sur skydrive

Sources Web: (Non exhaustif)

Notices Wikipedia (Eng.):
St Pancras Old Church – Mary Wollstonecraft – William Godwin
Mary Shelley – Percy Shelley – Lord Byron – John Polidori – Chevalier d’Eon (fr)

Biographies: Mary Shelley – Fanny Imlay – Death of John William Polidori –

Histoire de la vieille église de St Pancras:
– British History online
– The Mirror of literature, Amusement, and Instruction (June 1832)
– London Day and Night by David W. Bartlett (1852)
Bloomsbury_byte – St Pancras Old Church
Liste partielle de sépultures à St Pancras: Findagrave.com

Documents:
– Shelley’s Ghost: Reshaping the Image of a Literary Family
Nombreuses lettres écrites par Percy Shelley, et le clan Godwin
(documents originaux et transcription) accessibles en ligne sur le site de la Bodleian Library
– Excavations at St Pancras Burial Ground 2002-2004 (Archeology Magazine Apr. 2006)
– St Pancras burial ground, Camden: Museum of London Archeology Service 

Littérature:
– Mary Shelley: Frankenstein’s Creator: Joan Kane Nichols (sur Google book)
– Frankenstein ou le Prométhée moderne (pdf)

Encore + de docs (articles en « pdf »):
– Frankenstein: Myths of Scientific and Medical Knowledge (…)
– Playing God in Frankenstein’s footsteps

Musique:
– Karl Friedrich Abel: Sonata in d minor – Prelude
– Johan Christian Bar: Sinfonia for Double Orchestra in E major, Op. 18, No. 5 – I. Allegro

11 Septembre

C’était un beau matin de Septembre 2001 à New York !
(Montage librement Trahi d’une photo de  Thomas Hoepker – Agence Magnum )

J’avais d’abord cru à un film catastrophe.
Personne n’y croyait vraiment…

Kate et William: Honni soit qui mal y pense…

« I need a wedding like I need a spot on my face.« 
Lady Diana Spencer

 Hier, au restaurant de la British Library, je suis allé saluer une copine qui y travaille. Je ne me souviens plus de son nom, elle est hongroise. Au coin clopes, nous avons eu parfois quelques conversations sur Nietzsche, et sur des vacances au soleil…

Elle avait en main un gobelet que je n’avais pas encore vu jusqu’ici à la B.L. et qui m’intrigua. Un gobelet – collector– sur le mariage princier, sans hésitation elle m’en proposa un. Avec enthousiasme, j’acceptais.

Il s’agit d’un gobelet recyclable dont la composition est garantie sans organisme génétiquement modifié, sans plastique, et même utilisable pour du compost. Recouvert d’une seconde épaisseur de cartonnage bleu avec une représentation composée de deux arbres de couleur jaune et de leurs branchages fouillis au milieu desquels s’encastrent fermement les portraits de His Royal Highness Prince William et Miss Catherine Elizabeth Middleton.

A vrai dire, la pauvre qualité de l’impression et le choix économique d’une illustration bi-chromique laissent à penser que les portraits ont été tamponnés au milieu des branchages comme de vulgaires cachets de la poste.

Toutefois, on peut encore reconnaitre du jeune prince ce regard que nous connaissons bien ici au pays des baked beans. Il ne nous regarde pas, mais observe au loin vers l’avenir. Sa bouche placidement fermée, contraste avec cette crispation hautaine que l’on connait de son père. Le prince William affiche sur ce gobelet cette fierté sûre et discrète, cette confiance qu’il tire à la fois dans son mariage comme dans l’avenir du pays. Actif de part ses activités humanitaires, et son metier de pilote d’hélicoptère dans la Royal Air Force, le prince William dégage cette force tranquille qu’une Angleterre en crise économique attend avec impatience. Il est ainsi, au contraire de la gent politique anglaise, le Grand Homme que l’on attend en temps difficile, il est le John Fidgerald Kennedy ou le Barak Obama anglais de l’année, sans aucune casserole derrière lui et des mains encore très propres.

Le portrait de Kate en bichromie est, à vrai dire, terrible. On prend d’ailleurs beaucoup de peine à la reconnaitre. Il pourrait être indiqué sur le gobelet en lieu et place de « Miss Catherine Elizabeth Middleton« : Olivia Ruiz, Heléna Nogera ou « Mademoiselle ma voisine du dessus » que je ne verrai pas même la différence.

Kate sourit. Pour le moment, on ne lui demande rien d’autre. En effet, nul n’attend rien d’elle, si ce n’est de subir sa propre image sans trop moufter lorsqu’elle est confrontée aux photos des paparazzi. Clichés sur lesquels dorénavant, elle ne cessera d’apparaitre car c’est aussi avec les photographes que Kate sellera aujourd’hui définitivement son destin.
On attendra d’elle bientôt – avant tout autre chose – de donner un nouvel héritier… et…. ensuite seulement…donner dans l’humanitaire évidement!  Ca sera ainsi, en donnant le sein à un bébé somalien comme à toute la misère du monde – et ce devant des photographes agrées – que Kate apprendra avec le temps à acquérir cet émouvant regard d’humble fierté que maitrise déjà à la perfection son futur époux.

Les branchages entre les 2 portraits prennent la forme d’un cœur surmonté d’un blason en ogive inversé et sur lequel apparait notamment ce qui reste des armes de famille royale: un petit lion tirant la langue. Dans les branches sont représentés pêle-mêle un éléphant, un cheval agrémenté d’une cross de polo, un appareil photo, une paire de chaussures, un hélicoptère, une paire de lunettes de piscine, une palette de peintre, une bouton de rose (jaune), quelques pairs de glands (de chêne), et même, très étrangement, une araignée et sa petite toile, un papillon, un escargot, deux éléments qui me laissent entièrement speechless. S’ébattent encore une poignée d’autres objets si mal dessinés que je ne saurai dire avec précision ce qu’ils représentent. L’accumulation de ces objets divers me rappelle les lots déssinés sur les étiquettes rouges des bouteilles de 1,5 l et de 2l de Coca-Cola lors d’un jeu concours il y a quelques temps de celà.
Il n’est pas vraiment question ici de conte de fée mais d’une sorte de jeu concours que Kate remporté. On peut voir là le nouveau bling-bling Middle-Class en effervescence, celui qui me donne déjà l’envie de dissoudre une aspirine dans mon gobelet. Mon petit récipient cartonné est un St Graal de roturiers festoyant de la prise de Buckingham Palace.

Une Pizza Royale

C’est Milan Kundera qui a défini le mieux ce que le Kitsch peut bien être. Le Kitsh, selon Milan, est cette station de correspondance entre l’être et l’oubli. Ainsi, kitschisant moi-même Kundera, j’oserai dire que le Kitsch est ce grand vide conceptuel, cette soustraction entre le grandiose et le médiocre; entre une carte postale de la joconde, l’oeuvre de Leonardo et Leonardo lui-même; entre Che Guevara et le T-shirt à son effigie produit à des millions d’exemplaires; entre la beauté d’une Aston Martin et le beauf qui la conduit; entre le Réel, le raisonnement, Dieu et la religion; ainsi qu’entre l’imagerie de conte de fée, les armoiries de la famille royale, Kate et William, et cette paire de chaussures représentée sur mon gobelet biodégradable.

Nous baignons dans le kitsch ! L’idéal vers lequel tout le monde souhaite tendre disparait derrière sa caricature, tout le monde souhaitant afficher son appartenance, mais sans rien y comprendre. Les notions d’idéaux de l’amour, de beauté et du dépassement de la condition humaine, par définition inaccessible si ce n’est qu’à des êtres d’exception, se transforme en produits « Made in China » et permet la surproduction de ce qui doit rester unique. Aujourd’hui et pour toujours, mon aspirine dans mon gobelet en carton aura, je le sais, le gout de champagne.

Honni soit qui mal y pense: Agenouillons-nous aux ordres de la Jarretière de Kate, rêvons de passer la tête sous sa robe de mariée pour arracher des dents le petit bout de dentelle plutôt que de ne pas parler du Mariage. Dans le monde du Kitsch, le rêve est obligatoire et tout ce qui n’y participe pas est considéré, négatif, cynique, suspect, voir à bannir. Il peut être de bon ton d’affirmer – très brièvement – un vague désintérêt du mariage mais dans l’unique but de prolonger la conversation sur le mariage en question. En aucun cas, ces amicales discussions doivent conclure sur le désintérêt. Il faut alors faire des concessions aux interlocuteurs et avouer publiquement avoir au moins lu un petit bout d’article dans les médias, « avouer » du bout de la langue que Kate est tout de même bien jolie, et qu’il s’agit là d’un beau mariage d’Amour. Le cas échéant, vous ne gagnerez pas plus de considération qu’un clochard grommelant des insanités sur les culs des filles en bikini dans les rue de St-Tropez en été.

Allons chers amis: God save the Kitsch….

Quant à ma proposition de symbologie Kitsch et ma bénédiction aux deux tourteraux, elles se peuvent se résumer ainsi:


Recipe for Humanity 
Broderie (2005) – Grayson Perry

Article publié nuit du 28 au 29 avril 2011,
mis à jour le 1er mai. 

Des préservatifs aux sacs-à-vomis…Tous savoir sur les produits Kitschs autour du mariage princier (cliquez ici).
A vous de voir si vous voulez en rire ou en pleurer…

https://lebuzzcontinue.wordpress.com/2011/04/28/kate-william-merchandising-royale/

 

IV. Anglicité – Du Caractère des Londoniens.

DU CARACTÈRE DES LONDONIENS.
par Flora Tristan (1840)

Toujours en quête de ce qui fait cette indéfinissable anglicité… J’ai commencé récemment à feuilleter l’Ouvrage de Flora Tristan: « Promenades dans Londres » …

Flora est une femme engagée. Fille d’aristocrate espagnol qui mourut alors qu’elle avait 4 ans, elle ne toucha jamais d’héritage, et bien qu’éduquée, elle accumulera les petits boulots. C’est en tant que femme de chambre qu’elle voyagea à travers l’Europe. Ses engagements, hors du commun à l’époque, alliant socialisme et féminisme, la fit déjà connaitre en France. Elle voyagea plusieurs fois en Angleterre (4 fois à Londres) et publia ensuite ses « Promenades ».

Bien qu’en tant que socialiste, et internationaliste, elle se défend de tout patriotisme pro-français, elle fût pourtant accusée plusieurs fois d’Anglophobie… Ses écrits néanmoins restent forts, analytiques et passionnés, inspirant des scènes de Gavarni, Daumier, Doré (illustrations jointes) ou des écrits de Dickens.

And now, enjoy:

[… ]— Je n’ai point l’intention d’analyser les nombreuses et les diverses influences qui modifient l’individualité humaine, d’examiner le degré d’action que peuvent avoir le climat, l’éducation, la nourriture, les mœurs, la religion, le gouvernement, les professions, la richesse, la misère, les événements de la vie, qui font que tel peuple est grave, enflé d’héroïsme et d’orgueil, et tel autre bouffon, passionné pour les arts et les jouissances de la vie ; qui rend les Parisiens gais, communicatifs, francs et braves, et les Londoniens sérieux, insociables, défiants et craintifs, fuyant comme des lièvres devant des policiers armés d’un petit bâton […]
Pourquoi les riches sont si insolents et les pauvres si humbles, les uns si durs et les autres si compatissants. Ce serait là une longue étude à laquelle la vie de plusieurs philosophes allemands ne suffirait pas. […]

Le Londonnien est très-peu hospitalier.  La cherté de la vie, le ton cérémonieux qui règle toutes les relations, s’opposent à ce qu’il le soit.  D’ailleurs il est trop occupé de ses affaires, il ne lui reste pas assez de temps pour fêter ses amis ; il ne fait donc d’invitation, ne montre de politesse que par des motifs d’intérêt ;  il est ponctuel dans ses relations d’affaires : l’extrême longueur des distances en impose la rigoureuse nécessité. Le Londonien se croirait perdu dans l’esprit public s’il arrivait deux minutes après l’heure fixée pour rendez-vous.  Il est lent à prendre une résolution, parce qu’il calcule les chances diverses qu’elle peut offrir, c’est chez lui prudence et non hésitation ; car, plus qu’aux Anglais des autres ports de mer, les grandes affaires lui plaisent; on peut même dire qu’il est un joueur en affaires.  […]  Il tient à cœur d’achever ce qu’il a commencé, et ni les pertes d’argent, de temps, ni aucun obstacle ne sauraient le rebuter. Dans ses relations de famille, il est froid, cérémonieux, exige beaucoup d’égards, de respect et de considérations, et se fait un devoir de rendre ces mêmes égards, respects et considérations. Avec ses amis il est très-circonspect, défiant même; toutefois il se gène beaucoup pour leur être agréable; mais il porte rarement l’amitié jusqu’à les obliger de sa bourse.  Avec les étrangers il affiche une modestie qu’il n’a pas ou prend des airs superbes, ce qui est passablement ridicule.  Envers ses supérieurs il est souple, flatteur, et pousse l’adulation jusqu’à la bassesse envers ceux dont il espère. Pour ses inférieurs il est brutal, insolent, dur, inhumain.

Le Londonnien n’a pas d’opinion à lui, pas de goût qui lui soit propre : ses opinions sont celles de la majorité fashionable; ses goûts, ceux établis par la mode. Cette servile observation de la mode est générale parmi la nation ; il n’est point de peuple en Europe où la mode, l’étiquette et les préjugés de toute nature, se fassent obéir avec autant de tyrannie. La vie, en Angleterre, s’encadre dans mille règles puériles, absurdes, comme celles des monastères, et gênantes à l’excès; s’il vous arrive de les enfreindre, tous en masse se tiennent pour offensés !  Le téméraire est banni de la société, excommunié à jamais ! Cette violente animosité, contre quiconque veut conserver les traits de son individualité, doit faire supposer que l’envie, cette mauvaise passion du cœur humain, est portée plus loin en Angleterre que nulle autre part.

 La très grande majorité est partout bien au-dessous du médiocre : elle hait ceux qui la priment, qui lui donnent conscience de sa nullité ; aussi irrite-t-on la susceptibilité anglaise pour peu qu’on s’écarte de la ligne tracée. […]

Le Londonnien professe le plus grand respect pour la chose établie, et se montre religieux observateur des règles que l’usage a consacrées ; il obéit aussi à toutes les exigences des préjugés de société et de secte, et, quoiqu’il arrive souvent que sa raison se révolte, il se soumet en silence et se laisse garrotter par des liens qu’il n’a pas assez de force morale pour rompre. […]
La passion dominante du Londonien, c’est le luxe : être bien vêtu, bien logé, avoir un train de maison, qui le mette sur un pied respectable, est le rêve de toute sa vie, le but de son ambition. A côté de cette passion, il s’en rencontre une autre dont les proportions sont gigantesques : c’est l’orgueil à laquelle il sacrifie tout, affection, fortune, avenir.

Le Londonnien ne vit guère de la vie du cœur; chez lui l’orgueil, la vanité, l’ostentation tiennent trop de place. Habituellement, il est triste, silencieux et s’ennuie beaucoup; les affaires n’excitent son intérêt que par la grandeur des risques et des résultats; il cherche continuellement à se distraire, ne ménage rien, et rarement y réussit. Lorsque sa profession et sa position de fortune n’y opposent point un insurmontable obstacle, il voyage sans cesse, traînant toujours à sa suite cet ennui profond qui laisse si rarement pénétrer un rayon de soleil dans son âme. Cependant il arrive quelquefois que cet être, qu’on suppose uniquement destiné à constater les ennuis de la race humaine, « to be the recorder of human distresses, » sort de sa taciturnité, alors il passe à l’extrême opposé : ce sont de bruyants éclats de rire, des cris sauvages, des chants burlesques, et c’est par des bonds et des sauts que se manifeste cette gaieté accidentelle. […]

A voir le confort élégant dont le Londonien riche jouit, on pourrait croire qu’il est heureux; mais, si l’on veut se donner la peine d’étudier l’expression de sa physionomie, on reconnaît à ses traits, qui portent l’empreinte de l’ennui et de la lassitude, à ses yeux, où la vie de l’âme est éteinte et la souffrance du corps manifeste, que non-seulement il n’est point heureux, mais qu’il est placé dans des conditions qui lui interdisent d’aspirer au bonheur.

Cher lecteur, tu peux retrouver cet ouvrage en ligne en cliquant ici (Google book en ligne libre de droit)…
Pour ma part je me le lis « à la British Library »…

Extra: Le premier commentaire ci-dessous est aussi un extrait des « Promenades » et concerne l’éducation morale des jeunes anglaises…

III. Anglicité – Les Gentlemen

Le Beau-Brummel

Extrait de: « Messieurs les Anglais », J.Sergius, c.1900 :

L’évocation de George Brummel en tête de ce chapitre s’impose, car il fût le type du parfait gentleman au sens absolu que les Anglais donnent à ce mot. Il exerça une telle attraction sur son siècle, que Lord Byron a pu s’écrier dans un bel élan de sincérité : « J’aurais préféré être Brummel que Napoléon ».
Brummel avait sur l’élégance des idées très spéciales. Il prétendait que rien n’était si vulgairement bourgeois que d’avoir des vêtements flambant neufs. Ses valets de chambre – suivant ses historiens – étaient stylés à râper ses habits avec une pierre ponce, de façon à leur ôter le lustre endimanché si insupportable à l’œil d’un élégant véritable. Il avait 3 coupeurs pour chaque gant, 2 pour les doigts, 1 pour le pouce, et mettait 5 paires par jour, qu’il jetait ensuite avec mépris. Il froissait 12 cravates avant d’arriver au nœud rêvé. Sa grande crainte était d’avoir l’air « habillé ».
Il répétait volontiers :
  « Un homme qui se respecte peut passer 4 heures à sa toilette, mais il doit l’avoir oubliée lorsqu’elle est terminée.»  

Ces prodigalités ne se revoient plus de nos jours où l’on est devenu un peu plu pratique. Il faut cependant un long apprentissage pour devenir un gentleman : Ne jamais être enrhumé ni ému, sont des conditions sine qua non. Quoi de plus vulgaire que de se moucher ? Etre ému semblerait indiquer un peu de cœur. Or le cœur est le plus bourgeois des organes… S’il est vrai que l’habit ne fait pas le moine, il fait au moins en Angleterre, les trois quart du moine…  


Qu’est ce qu’un gentleman ?
 

Les définitions du gentleman sont diverses, contradictoires, et évoluent avec le temps. Certaines définitions privilégient le statut social: aisé, né de bonne famille, éduqué à Cambridge ou Oxford, adhérant à un club. Cette interprétation de classe tend à assimiler  l’idée de gentleman avec la «Gentry» ou la «Upper class». D’autres définitions par contre insistent sur l’attitude et le comportement en société: Courtoisie, Stoïcisme, élégance discrète, aide de son prochain, esprit de sacrifice, Courtoisie. 

Comment pourrait-on donc comprendre cet aura indicible du gentleman ? Cet invisible qui ne peut se constater  qu’à travers quelques instantanés et détails insignifiants: un mouvement de la main, un ton de voix, une démarche, un style de s’habiller, de manger, et de se divertir … 

Un gentleman est un monsieur qui se sert d’une pince à sucre, même lorsqu’il est seul.
Alphonse Allais 

La notion de gentleman est une construction culturelle héritée de l’époque victorienne. A la fois distant et invitant à la conversation, aisé mais détaché de l’argent, grand sens moral mais esprit pratique, revendiquant un certain masculinisme mais toujours au service des femmes, apparence soignée mais devant éviter des vêtements tapageurs, respectant toutes conventions mais invite à les surpasser. Ce modèle, loin de satisfaire uniquement une éthique petite-bourgeoise, tend à dépasser la seule recherche du confort et de l’appât du gain pour un idéal aristocratique sur mesure. Ainsi, entre identités propre et idéalisée, entre le mythe et la pratique extrêmement codifiée, le gentleman construit sa stature sur ses paradoxes, mais nul ne peut se réellement prétendre gentleman, tous ne peuvent que tendre à «se comporter en gentleman». 

Cela étant dit, nous avons affaire à un monde extrêmement codifié, et les gentlemen ne forment pas non plus une tribu unique où tous les membres passent le temps à se saluer aimablement en pratiquant des sports et loisirs inaccessibles aux simples masses. Bien qu’Individualiste et porté sur sa propre personne, le gentleman est homme constamment engagé dans un combat ou pour des valeurs qu’il s’est donné pour but de défendre. C’est ainsi que se sont formés non pas un clan mes des clubs dans lesquels certains de ces messieurs se réunissent afin de se retirer du stress de la vie quotidienne, se distraire, penser le monde, parfois l’organiser. On les retrouvera alors au Reform club, celui de Phileas Phog, ou bien au Royal Automobile Club (ou je connais quelqu’un qui connait quelqu’un dont le père est membre! Great…) et bien d’autres… 


Les vrais gentlemen existent-il encore ?
 

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912,  le Titanic coule. Pour la première fois dans l’histoire, les officiers invitent les femmes et les enfants à monter les premiers dans les embarcations de secours. Des scènes poignantes se déroulent partout à bord. Aux milieux de la panique, des familles se séparent, les pères de famille donnent leurs dernières recommandations et signes d’affection à leurs proches. Ces hommes s’apprêtent ainsi à se sacrifier et mourir « en gentlemen » et pour les idéaux que cela engage. Les musiciens, passagers de seconde classe, mourront en jouant.
C’est seulement après qu’il se soit assuré que les hommes aient fait de leurs mieux pour sauver les femmes et enfants que le capitaine Smith annonça aux hommes :  
‘“You’ve done your duty, boys. Now, every man for himself.”’ 

Dès ce feu vert, les gentlemen seront aussi autorisés à agir pour leurs propres intérêts. 

Le Titanic, insubmersible, symbole d’une civilisation à son apogée, sombre. L’annonce du capitaine Smith ne peut-elle pas être interprétée comme le glas de l’âge d’or des gentlemen ?   

L’idée de l’inévitabilité de la fin  de la meilleure des civilisations vient de percer les esprits et le naufrage du Titanic fût sans aucun doute le début du déclin de l’ère des gentlemen. Aujourd’hui, après deux guerres mondiales et autres conflits, avec un ultra libéralisme poussé à outrance, avec une certaines désillusions qui peut atteindre toutes les classes sociales, ’on peut toujours reconnaitre le gentleman par son sens moral, son élégance et manière, mais aussi parfois par une certaine hypocrisie, un comportement dépassé, un système de valeurs hors d’âge, féodal, snob. Perdu dans un monde qui n’est plus le sien, le gentleman se cherche tant il en devient méconnaissable… 

 Les gentlemen libertaires : Les chaps

 Depuis une dizaine d’années cependant se developpe une nouvelle tendance, un renouveau d’un art de vivre tout à fait british, ce sont les « Chaps ». Les Chaps sont donc ces nouveaux gentlemen qui, toutes classes sociales confondues, exhortent à une nouvelle anglicité profondément dynamique et se vouant à débarrasser ce monde d’un triste cynisme si ce n’est que pour y ajouter une posture résolument humoristique. Plus qu’un simple phénomène de mode rétro «vintage», les chaps conservent le meilleurs l’Englishness tel que la courtoisie, le style, le sens de l’humour  et utilise ce cadre de valeurs afin de se créer de nouveau une véritable alternativité quasi libertaire.  

What is a Chap ?
(Traduit de l’anglais à partir du site de Chap magazine)
Le Chap jette un regard amusé sur le monde moderne à travers le monocle vaporeux d’un âge plus raffiné et confronte, à l’occasion, ses porte-chaussette à la vulgarité indicible du vingt et unième siècle. Depuis 1999, le chap prend défense des droits de cette espèce de plus en plus marginalisés et discréditée de l’Anglais : le gentleman. Le Chap estime qu’une société sans courtoisie et chapellerie adéquate est une société au bord de l’effondrement moral et vestimentaire. Le Chap cherche à remettre en vigueur ces gestes désuets mais indispensables comme la levée de chapeau, l’abandon de sa place aux Ladies et utilisent régulièrement une presse à pantalon. 


Les préoccupations quotidiennes du Chap sont portées avant tout sur l’apparence et les conversations sur la concordance des tweeds, la nécessité des presses à pantalon, la tenue du chapeau mais au-delà de ces préoccupations qu’un regard extérieur pourra encore juger futiles, nous pouvons retrouver les Chaps dans des engagements  tout à fait particuliers et toujours inattendus tel que :
–  le combat contre une ré-écriture bien pensante de l’histoire dans un musée exposant une photo de Winston Churchill dont le cigare a été effacé sur Photoshop 
– Indignation concernant une veste incrustée de diamant vendue aux enchères dénonçant ici le comportement « bling bling »,  jugé vulgaires,
– Diverses Interventions remarquées au Victoria and Albert Museum ou bien à la Tate Modern contre des œuvres trop modernes ou absurdes qui n’ont, selon eux, pas leur place dans ces grandes institutions.

Le Chap, est-il un modèle à suivre ? Personnellement, au contraire d’un chap, je n’irai peut-être pas défendre le droit aux gardes de sa majesté de conserver leur véritable fourrure d’ours sur leur extravagante moumoute, mais considérerais plutôt  avec attention les nouveaux designs en fourrure synthétique,  je me fous aussi de la norme EU ou non de la batte de criquet. Ainsi malgré des engagements trop anglo-anglais à mes yeux, je dois reconnaitre une certaine sympathie pour les Chaps et la liberté de ton qu’ils savent s’offrir.

Quel drôle de paradoxe tout de même et – so british – que le gentleman soit devenu aujourd’hui un caractère de contre-culture ! 

Un gentleman ne peut s’intéresser qu’à des causes perdues…
Jorge Luis Borges

Extra –  Du Gentleman au Dandy,

 Sebastian Horsley (1962-2010)

Cher lecteur, J’ai renoncé à ce jour à continuer et conclure cet article par une dernière partie sur les Dandies, sujet qui me tient pourtant à cœur.. De Brummell (Dandy avant la lettre) à Byron, Wilde, mais encore Beaudelaire. Ils méritent sans aucun doute un article entier… Entre fascination et désintérêt, entre leur romantisme et leur pessimisme mon opinion n’a d’ailleurs cessé de changer à leur encontre… Mon ami Tom disait que le Dandy sont les premiers Rockeurs…
bref… Un jour peut-être… Voici toujours en guise de mise en bouche un portrait de Sebastian Horsley, artiste, Dandy Radical, un excentrique, ou plutôt un « excentré », qui selon ses propres mots souffre de Turpitudes morales… Voilà peut-être une définition même du Dandysme, à moins au contraire que le Dandy soit un être relativement sain en marge d’une époque malade… A toi de juger…

Jésus avait tort: Mieux vaut aller en enfer bien habillé plutôt qu’au ciel en haillons.
Sébastien Horsley

 Sources:

Messieurs les Anglais, J.Sergius, c.1900: Ici décrit en Gentleman, Brummel est aujourd’hui considéré comme le pionnier du Dandysme. Mon ami Tom qualifie les Dandies comme les premiers rockers, bref encore une classe à part qui mériterait peut-être un prochain article… La vie de Brummel finit tragiquement au nom du même savoir vivre, je t’invite aussi lecteur chéri à aller consulter sa biographie.

–  Image of the English Gentleman in the 20th century literature.

– Site Internet de  » The Chap Magazine »
avec notamment les 10 commandement du Chap – hilarant: The Chap Manifesto